Le Pourquoi et le Comment

Le nom

THOM est la transcription en alphabet latin de l’adjectif khmer «Thom» qui signifie « grand ». Donc THOM THOM se traduit littéralement par « GRAND GRAND ».

On retrouve cette répétition dans une expression vernaculaire courante : « Orkoun thom thom » (traduisez par « Merci grand grand ») qui est très souvent utilisée pour faire sourire ou rire les vendeuses sur les marchés ou dans la rue malgré son incorrection grammaticale (il faudrait en effet dire « Orkoun tchraen (tchraen) » ; l’adverbe « tchraen » traduisant beaucoup).

Cet emploi rigolo et la sonorité puissante de la formule ont séduit l’électro-acousticienne Sylvette VEZIN, une grande amie de Sopoi, Nalen et Jean-Philippe. C’est Sylvette qui suggéra aux musiciens d’appeler leur groupe THOM THOM. La nouvelle formation souhaitait en effet un nom qui colle à sa musique et ce « GRAND GRAND » correspondait bien au gros son de guitare, à la basse lourde et à la batterie qui claque créant une pâte sonore débordant des moules musicaux habituels.

La musique et le choix du line-up

Les groupes accompagnant les stars cambodgiennes ont presque tous le même line-up : deux guitares, une basse, une batterie et deux claviers qui viennent adoucir et aseptiser la rugosité des instruments rock ; malgré l’emploi de gros amplis aux fortes distorsions, le suremploi de chambres d’écho, de reverbs, d’effets en tous genres et de synthés finit par produire chez toutes les formations la même pâte sonore aigre-douce qui perd toute sa force et sa puissance.

Sopoi, Nalen et Jean-Philippe ont opté pour la formule que les Anglo-saxons appellent communément le "power trio" pour revenir à un son qu’aucun procédé ne vient lisser ou polir. Le groupe estime en effet que la musique doit se faire l’écho des textes ; ces derniers étant parfois assez durs et choquants pour le public cambodgien, il fallait aller au bout de la logique et proposer un son lui aussi dur qui soit en harmonie avec les mots.

D’autre part, cette formation musicale réduite à sa plus simple expression permet à THOM THOM de se produire dans des venues qui ne pourraient pas accueillir soit techniquement soit financièrement des formations plus grosses.
En effet, au printemps 2006, Teuk Maté était passé à côté de concerts en France dans la région de la Rochelle à cause des coûts occasionnés (par le déplacement et le défraiement de 5 musiciens) trop élevés pour les organisateurs et les tourneurs. THOM THOM espère bien avoir réglé ce problème avec ce line-up ultra light.

Plus qu’un groupe, une mission...

THOM THOM s’inscrit dans la directe lignée idéologique des expériences Véalsrè et Teuk Maté, à savoir l’écriture, l’enregistrement, la diffusion et la promotion de chansons originales ayant un réel sens social et non pas réduire la musique populaire au piratage sauvage de mélodies et de sonorités étrangères.

Pour bien comprendre cela, il parait important de souligner le fait que la création artistique en générale et l’écriture musicale en particuliers au Cambodge ont été – et sont encore – très limitées par le fait que toute forme d'éducation dans ce pays est basée sur la copie et l’apprentissage par cœur des gestes et du savoir des « maîtres ».

Contrairement à beaucoup d’autres pays où la reconnaissance du public et des professionnels est basée sur l’originalité des œuvres, au Cambodge on attribue des qualités à ce qui flatte l’oreille et à ce qui ne bouscule pas l’ordre « naturel » des choses, la créativité n’a dans ce royaume quasiment aucune valeur dans le jugement artistique.

Le succès de Preap Sovath, la star du moment, illustre parfaitement cette idée. Le chanteur a commencé sa carrière il y a près de dix ans mais il doit son envolée en 2003 à deux chansons : « Je me déteste » et « Les larmes coulent de Phnom Penh à Battambang ». Avec une voix rocailleuse, un look de petit caïd, une fausse moustache, une casquette de grand-père dans des « clips quasi révolutionnaires comparé aux vidéos aseptisées réalisées sur les parcours de golf ou dans les rocailles des grands restaurants », Preap Sovath apparaît comme le « précurseur (du) grunge à la cambodgienne, (…) mais un grunge poli sinon policé ».

Sa provocation n’est que d’ordre visuel et elle a ses limites comme le précise le chanteur lui-même : « Si je sens que mon look dérange, je change. » Preap Sovath ne fait en aucun cas une révolution au niveau des textes et de la musique : de l’amour, encore de l’amour toujours de l’amour sur des airs pops. Là aussi il ne cache pas sa direction artistique :

« les chansons amoureuses plaisent et la musique pop plaît. Alors je chante des paroles d’amour sur de la musique pop. […] Je demande juste aux gens qui n’apprécient pas mon style de ne pas me critiquer. Je ne fais rien de mal. Aujourd’hui, dans toute la société, on aime ce genre de musique, il faut l’admettre, c’est tout. »

Ce qui impressionne également, c’est le rythme de sa production : le chanteur apparaît sur deux ou trois albums chaque mois. En 2004, il avait déjà cinq cents enregistrements à son actif. Ce rythme effréné, propre à toutes les maisons de disques cambodgiennes, explique le fait que presque toutes les chanteuses ou tous les chanteurs ne soient que des interprètes qui se contentent de prêter leur voix à des textes qui n’attendent que d’être posés sur des musiques préenregistrées.

N.B. Les passages entre guillemets et les interviews sont des extraits de l’article « Preap Sovath, chanteur rebelle ou star du marketing ? » écrit par LEANG Delux et François Gerles paru dans le numéro 1942 du quotidien Cambodge Soir le 15 janvier 2004.

Malgré un terrain peu favorable, Véalsrè et Teuk Maté avaient déjà un peu bousculé les choses en montrant qu’il était possible de faire de la musique, des disques, des concerts et de passer à la télévision et à la radio sans faire partie de l’écurie d’une maison de disque. Ces groupes avaient également montré que les chansons pouvaient parler d’autres sujets que l’amour et qu’elles pouvaient jouer un rôle différent que celui du simple divertissement.

Quelques petits groupes se sont formés suite à ces aventures mais ces initiatives sont encore trop minoritaires pour faire souffler un vrai vent de changement sur la scène musicale aseptisée cambodgienne. Il faut frapper plus fort !

Le peuple cambodgien accorde beaucoup de valeur à la réussite de ses enfants à l’étranger. C’est grâce à sa francophonie et à sa francophilie que THOM THOM espère pouvoir trouver une petite place sur les scènes étrangères ; partir jouer et faire des concerts dans des pays francophones serait la preuve que l’originalité « paye » face aux chanteurs et aux chanteuses à succès dont le rayonnement est limité au Cambodge ou à la diaspora cambodgienne vivant en France ou aux Etats-Unis.

Les activités professionnelles que les membres du groupe exercent jusqu’à présent ne sont que des garanties d’indépendance musicale et artistique au Cambodge. Aussi Sopoi, Nalen et Jean-Philippe sont-ils ainsi parfaitement prêts à les abandonner le jour où les concerts à l’étranger pourraient permettre de survivre grâce à la musique.

THOM THOM espère donc creuser un sillon assez profond dans lequel pourront s’épanouir de nombreux auteurs compositeurs interprètes ayant saisi l’importance de créer et d’écrire des vraies nouvelles chansons plutôt que de recycler les airs à la mode des autres.

[ Haut de la page ]